Un peu de bleu, un peu de blanc

Dernières neiges au parc national du Bic

Le Québec possède tellement de parcs qu’il est difficile de choisir. En ce long week-end pascal, nous avons décidé de sillonner le parc national du Bic situé dans le Bas-Saint-Laurent, une région encore inconnue pour nous. Pourtant plus petit que ses voisins avec ses 33,2 km², les activités de plein air ne manquent pas, qu’importe la saison !

En début de semaine, les prévisions météorologiques avaient annoncé une tempête de neige à Rimouski, ville située à 15 minutes du parc. Nul doute que l’on verra encore un petit bout de l’hiver avant le printemps !

Belle-Vue
Belle-Vue

L’autoroute jusqu’au parc est agréable. La ville laisse petit à petit place aux champs. L’herbe brûlée semblable à de la paille s’étend jusqu’au St Laurent qui s’approche de plus en plus de la route. Le fleuve s’élargit et les reliefs montagneux se profilent à l’horizon. Puis, la neige réapparaît. D’abord par plaques ici et là puis, c’est le sol qui est couvert de plusieurs centimètres.

Nous arrivons à la dernière côte avant le parc et rien que la vue sur l’estuaire du Saint-Laurent nous donne un avant-goût du Bic. Pour la première fois depuis qu’on voyage, nous n’avons pas du tout prévu les randonnées à l’avance. C’est la découverte totale ! Après être passés à l’accueil pour avoir quelques renseignements, nous commençons par la partie est du parc.

Quand la neige rencontre la mer…

Amoureux de l’île aux Amours

Une fois garés sur le parking desservant les yourtes (il y a aussi des places pour ceux qui ne logent pas sur place), nous nous dirigeons vers l’île aux Amours. L’air marin chatouille délicieusement nos narines. Je ne pensais pas que la mer me manquait jusqu’à cet instant.

L'île aux Amours
L’île aux Amours

Les marées sont indiquées sur le panneau mais il n’y a que les trois premiers mois de l’année. Ce site vous permet de vérifier les marées avant votre venue.

Par chance, la marée est basse et nous empruntons la bande de sable noir joignant l’île. Nous restons ébahis devant ce paysage car nous n’avons jamais rien vu de tel. C’est un autre aspect du Canada que nous découvrons aujourd’hui. C’est un joyeux contraste de couleurs et de textures entre les rochers, les algues, les coquillages jonchant le sable, la neige, l’eau, les sapins et le ciel bleu.

Attention à la marche !
Attention à la marche !

Nous longeons l’île par l’est jusqu’à son extrémité puis, nous rebroussons chemin en inspirant goulûment l’air iodé. Un chemin traverse l’île de part en part. Nos pieds quittent les grains de sable pour écraser l’épaisse couche de poudreuse du chemin s’enfonçant dans la forêt. En quelques pas, nous sommes perdus, entourés de hauts sapins. Après quelques marches bien raides, nous débouchons sur la côte ouest et revenons au parking.

Reflets
Reflets

Les Anses magiques

Après cette belle introduction, nous décidons de faire le parcours Les Anses, toujours depuis ce parking. Cette fois-ci, les raquettes sont de sortie ! C’est la première fois que nous les utilisons sur de la neige fraîche et c’est tellement jouissif par rapport à une neige plus compacte et/ou glacée !

Après avoir dépassé l’accès aux yourtes, le chemin forestier monte doucement pour redescendre vers la première plage. On se déchausse pour parcourir à notre guise le sable bordant l’Anse aux Bouleaux-Est. Difficile à croire que ce n’est pas la mer mais bien un fleuve tant l’horizon est lointain.

Ice ice baby
Ice ice baby

Ici, le soleil n’a pas réussi à faire fondre les plaques de glace parsemées sur les champs d’algues échouées. Le soleil commence sa descente dans le ciel projetant l’ombre des sapins sur le sable. Dans leur prolongement, des stries laissées par la marée dans le sable se poursuivent jusque dans l’eau, au loin.

Les raquettes à nouveau aux pieds, nous traversons à nouveau la forêt de conifères ployant sous leur manteau blanc. Ce phénomène n’est pas rare ici mais c’est la seconde fois seulement que nous en voyons autant recouverts de neige depuis notre arrivée, pour le plus grand plaisir de Xavier.

Snow trees
Snow trees

Nous sommes seuls sur le sentier, seulement accompagnés par l’air marin, le bruit sourd de la neige sous nos pas et les rayons solaires filtrant à travers les arbres. Il n’y a que la nature et nous. C’est notre définition de la liberté.

Les Anses
Les Anses

Puis, nous arrivons à l’Anse aux Bouleaux-Ouest, lieu d’observation des phoques en été. Ici aussi, la neige borde la plage couverte de bois flotté ramenés par les flots. On profite d’une table de pique-nique pour s’asseoir et savourer cette quiétude. Au bout d’un moment, on tourne la tête sans raison et aperçoit un cerf de Virginie au bout de la plage. On en profite pour sortir les jumelles et l’observer sans un bruit à notre guise. Il nous a sentis ou entendus mais continue à étancher sa soif dans les sillages remplis d’eau tracés dans le sable. Il n’a pas l’air farouche mais nous le laissons en paix. Nous terminons cette randonnée en empruntant une section de la route qui arrive au parking.

Love like a sunset

Après un passage dans notre logement pour les deux prochaines nuits, nous partons vers Saint-Fabien-sur-Mer aux abords du parc afin de voir le coucher de soleil. Tout est réuni pour qu’il ne soit pas trop mal, il ne reste plus qu’à trouver l’endroit idéal ! Sur les conseils de notre hôte, nous traversons la ville puis décidons de longer le fleuve pour aller à l’est, jusqu’à l’Anse à Mercier. Par chance, il y a un petit parking au bout de la plage. On hésite car la vue ne sera dégagée que si on marche jusqu’au bout de la plage. Ayant un peu de temps avant que le soleil ne descende vraiment, nous repartons vers l’ouest et nous garons sur un petit parking en hauteur.

Pas besoin de légende...
Pas besoin de légende…

Après avoir vérifié l’orientation, nous attendons patiemment la déclinaison du soleil. L’air se fait plus frais et la lumière du jour prend une teinte orangée. Quelques personnes nous rejoignent pendant quelques minutes puis repartent. Les maisons au bord de mer (enfin, du fleuve) sont éclairées d’une douce lueur comme un dernier coup de projecteur.

Dernières lueurs
Dernières lueurs

Le Saint-Laurent est tranché d’une traînée incandescente devenant progressivement un fin trait pointillé surmonté d’un point de feu. En quelques secondes, le jour a pris fin laissant comme vestige un horizon embrasé.

Prendre de la hauteur et le large

En cette nouvelle journée, le soleil est de sortie. On a toujours un œil sur la météo car le temps est toujours imprévisible. Le ciel devrait être dégagé jusqu’au milieu de l’après-midi donc nous ne traînons pas et partons vers P3, le parking situé au bout de la route principale après le relais le Pékan. À partir de là, il y a de quoi faire que ce soit à pied ou à ski. Aujourd’hui, on se challenge un petit peu avec la randonnée du Pic-Champlain : c’est la plus difficile du parc avec un beau dénivelé.

Du parking, il faut marcher un peu avant d’atteindre le début du sentier. En été, on peut se garer juste à proximité ce qui évite la montée d’une petite demi-heure et les 91 mètres de dénivelé pris d’un coup ! Mine de rien, cela nous fait un petit échauffement pour la suite et c’est toujours ça de monté ! Nous avons nos raquettes à la main car le terrain n’est pas idéal… En espérant qu’on puisse les enfiler sur le sentier ! Normalement, c’est un sentier de raquette et la personne à l’accueil a confirmé qu’elles étaient indispensables pour ce chemin.

Au (petit) sommet

Enfin, le petit panneau indiquant le chemin vers le pic apparaît et nous pouvons “raquetter” ! La neige est un peu moins fraîche qu’hier mais on préfère les avoir aux pieds qu’à les porter. De plus, elles accrochent bien au sol lors des montées ce qui fatigue un peu moins. Le sentier est très étroit et grimpe doucement à couvert entre les sapins enneigés. Le fleuve nous accompagne sur la droite et nous offre sa teinte bleu profond. Elle nous rappelle les paysages néo-zélandais et nous plonge dans une certaine nostalgie. De temps à autre, la vue se dégage complètement et nous reprenons notre souffle face à cette étendue maritime.

Pause avec vue
Pause avec vue

Dans la forêt, le vent est inexistant et nous avons presque trop chaud entre l’effort et le soleil qui échauffe la peau apparente. Puis, tandis que nous approchons du sommet, les sapins laissent place à d’autres arbres dénudés.

Après un dernier effort, nous atteignons le point de vue au sommet. Le vent glacé nous happe. D’ici, nous avons un bel aperçu de toute la côte nord-ouest bordée par la baie du Ha! Ha! (c’est bien son nom !). On aperçoit l’Anse à Mercier où nous étions la veille et bien au loin, la rive nord du fleuve. Encore une fois, le mélange neige/mer (à défaut du terre/mer !) trouve une nouvelle fois grâce à nos yeux.

Ceci n'est pas la mer !
Ceci n’est pas la mer !

Le ciel commence à se voiler et, après un dernier regard en arrière, nous amorçons la descente. Cette dernière s’effectue par la route et les raquettes s’avèrent vraiment utiles à ce moment. Ce retour peut paraître un peu ennuyeux car c’est le même paysage tout du long : un large chemin encadré de sapins… Parfois, un petit bout du Saint-Laurent apparaît devant, au loin. Après ces dizaines de minutes qui paraissent interminables, nous arrivons au parking.

I can see your halo
I can see your halo

Nous avons la bonne surprise de voir un halo grâce à Xavier. C’est la première fois qu’on voit un phénomène pareil, cela nous fait même oublier la longue descente ! Après recherche, il se forme lorsque la lumière du soleil se réfracte à travers des cristaux de glace en suspension dans l’air. Il est observable par temps froid et lorsque le ciel est un peu brumeux. Ici, c’est un petit halo : un cercle décalé de 22° mais il en existe de plusieurs sortes. Merci Jamy pour ces explications !

Au bord de l’eau

Nous reprenons quelques forces et nous garons sur le parking situé un peu plus au nord, juste avant le chalet de l’Abbé. On hésite entre faire les sentiers la Pinède/le Scoggan et le Contrebandier. Finalement, nous optons pour ce dernier car c’est une boucle avec un dénivelé moindre contrairement aux premiers.

Fin de l'hiver
Fin de l’hiver

On se dirige vers la Ferme Rioux en empruntant le sentier La Colonie. Après une petite pause pour admirer la vue à marée basse, nous poursuivons vers La Grève. Le terrain est plat et longe les différentes plages. On débarque sur celle de l’Anse à Voilier pour marcher un peu sur le sable et faire le plein d’air marin.

Contemplation
Contemplation
L'Anse à Voilier
L’Anse à Voilier

La dernière plage est la plus longue et arrive jusqu’au Cap à l’Orignal. La neige se mêle au bois flotté qui s’est échoué parmi les milliers de roches façonnées par l’eau salée. Cette plage nous rappelle l’Islande avec son sable noir et ses montagnes enneigées.

À perte de vue
À perte de vue
Islande ou Canada ?
Islande ou Canada ?

Nous rebroussons chemin jusqu’au chalet Lyman et pénétrons dans les terres. Il y avait pas mal de monde jusqu’à maintenant et, d’un coup, nous nous retrouvons seuls. Peut-être le ciel gris a été dissuasif ?! Le chemin nous entraîne jusqu’à l’Anse à Mouille-Cul (vive l’humour québécois !). Une petite pause sur un gros tronc de bois flotté est bienvenue. À l’horizon, les nuages n’ont pas réussi à cacher complètement le soleil. Sans les corbeaux et leur croassement, nous aurions été comme seuls au monde avec pour seuls sons ceux de la mer et du vent dans les arbres.

Dernier arrêt
Dernier arrêt
L'Anse à Mouille-Cul
L’Anse à Mouille-Cul

Le retour n’est pas difficile mais la fatigue se fait sentir. À cause du covid, le chemin du retour à partir de la ferme est différent de l’aller et il est semblable à celui du Pic-Champlain : sans grand intérêt. En bref, il est temps d’arriver au parking !

Bien que de minces lueurs réussissent à traverser les bandes nuageuses, nous ne tentons pas le coucher de soleil ce soir car il y a de fortes chances que l’on fasse chou blanc !

Dernière bouffée

Dernier coup d'oeil devant ce paysage, si différent du premier jour
Dernier coup d’œil devant ce paysage, si différent du premier jour

Cette nuit, la neige est revenue et c’est sous un mélange de neige et de pluie que nous entrons une dernière fois dans le parc. Pas de randonnée prévue mais juste un retour à l’île aux Amours, comme pour graver cette image plus profondément. La marée est haute mais cela n’empêche pas de voir un autre panorama par rapport à l’avant-veille. Les couleurs sont différentes : ici ce n’est plus la neige qui ressort mais l’herbe séchée qui détonne dans ce décor gris sombre.

Une dernière inspiration.

Infos pratiques

Carte du parc
Carte du parc

Où ?

Le parc national du Bic est situé sur la rive sud du Saint-Laurent, juste après Saint-Fabien et avant Rimouski. Il faut compter 3 heures de route depuis Québec. 2 entrées permettent d’accéder au parc, l’entrée du secteur Rivière-du-Sud-Ouest est la principale.

Tarifs

  • Billet quotidien : 8,90 $ par adulte de plus de 18 ans, gratuit pour les enfants.
  • Carte annuelle des parcs nationaux du Québec : 81,25 $ par adulte de plus de 18 ans.

Que faire à pied ?

Bien que ce parc soit “petit” comparé à ses homologues, les chemins de randonnée le quadrillent et offrent de multiples points de vue.

  • L’île aux Amours depuis le parking des yourtes : 2,5 km, 45 minutes aller-retour, facile, attention à l’escalier raide dans l’île.
  • Les Anses depuis le parking des yourtes : boucle de 3,3 km, 1 heure, facile, dénivelé de 42 mètres.
  • Le Pic-Champlain depuis P3 : boucle de 8 km, 2 heures, intermédiaire, dénivelé de 300 mètres.
  • Le Contrebandier (boucle) via La Colonie et La Grève depuis le parking avant le Chalet de l’Abbé : 9 km, 2h15, facile, dénivelé de 36 mètres.

Les temps indiqués sont indicatifs et dépendent du nombre de pauses que vous faites pour profiter du paysage ou prendre des photos.

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