Le 27 septembre 2018, on décollait pour le Myanmar. Aujourd’hui, cela fait donc presque sept mois que nous avons quitté la France. Sept mois que nous arpentons les routes du monde. Sept mois que nous nous émerveillons chaque jour. Sept mois que nous faisons de belles rencontres. Sept mois de bonheur et de liberté. Et pourtant, alors que nous avions prévu de rester jusqu’à fin mai en Amérique du Sud, nous rentrons en France dans une semaine.
Pas de repos pendant un tour du monde
Pourquoi me direz-vous ? Pourquoi alors que c’était notre rêve de voyager pendant plusieurs mois ? Nous avons tant imaginé ce voyage pendant les longs mois de préparation, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La réponse est simple finalement : nous n’avons pas pris de vacances pendant ces sept mois. Ironique n’est-ce pas ? Pourtant, c’est la vérité ! Il y a bien des jours où nous n’avons pas fait grand-chose mais voilà, un jour par-ci, un jour par-là ne suffisent pas à se reposer physiquement et mentalement. Et oui, voyager tous les jours épuise au long terme, surtout quand on met un réveil tous les jours, même le dimanche. En fait, on a perdu la notion des jours de la semaine assez rapidement.
Au début de notre voyage, nous avions une idée assez précise de ce qu’il y avait à voir dans chaque pays et l’organisation consistait juste à trouver les transports et les logements. Naïvement, on s’était dit que l’on regarderait les guides des prochains pays au fur et à mesure pour avoir toujours deux ou trois mois d’avance. Mais avec nos journées bien remplies, le blog, les lessives, les courses, les comptes… c’était impossible ! Arrivés en Nouvelle-Zélande, nous avons commencé à planifier quasiment au jour le jour. Et figurez-vous que c’est un vrai job de planifier un voyage : où va-t-on, que faire, rester combien de jours, où dormir, tout ça en plus du quotidien du voyage en lui-même !
Nous avions lu que de nombreux tourdumondistes prenaient des vacances régulièrement, chose que nous avons négligée. On s’était dit que l’on prendrait quelques jours après l’Asie, mais on a enchaîné avec l’Australie où notre planning était plutôt bien chargé. On a repoussé à la Nouvelle-Zélande mais il y avait tellement de choses à voir que l’on n’a pas voulu gâcher un seul jour de nos six semaines là-bas pour se ressourcer. C’est au Costa Rica que nous nous sommes reposés le plus, mais finalement, nous avons quand même fait quelque chose tous les jours sans vraiment jamais nous arrêter longtemps au même endroit.
Plus envie de voyager
Depuis quinze jours, la soif de découvrir de nouvelles choses n’est plus là. Nous étions découragés rien qu’à l’idée de programmer la suite et la fin de ce périple. Plus envie de faire vingt heures de bus (oui, l’Argentine c’est très grand), plus envie de changer de logement tous les trois jours, plus envie de lire les guides, plus envie de randonner, plus envie de faire / défaire les sacs… Et surtout, il nous manquait cet émerveillement des premiers jours. Vous savez, ce qui vous fait dire « Whao » quand vous voyez un paysage sublime ? Maintenant, on voit des belles choses mais c’est juste beau, c’est tout.
En quittant Ushuaïa il y a trois semaines, nous avons pris la décision de faire une vraie pause : retrouver un semblant de chez-nous, cuisiner, se promener, sans impératif derrière. Nous pensions que Buenos Aires nous ferait du bien mais c’était une trop grande ville pour retrouver un semblant de quotidien. Arrivés à Mendoza, nous étions persuadés qu’avec deux semaines de calme nous serions de nouveau en piste. Nous avons choisi des logements où nous pouvons cuisiner, localisés près du grand parc de la ville pour pouvoir s’oxygéner. Mais, malgré l’absence de réveil et de programme, l’envie n’est pas revenue.
Nous ne retrouvons pas nos repères et nous n’arrivons pas à oublier ce qui nous manque : la famille, les amis, avoir un chez-nous et faire des vrais plats. Oui, on parle beaucoup de cuisine mais c’est que ça nous manque vraiment ! Manger tous les jours au restaurant pendant aussi longtemps, c’est chiant ! D’autant plus que la carte est relativement identique partout : pizzas, burgers ou la spécialité locale. Si on veut quelque chose de plus raffiné, il faut payer souvent (beaucoup) plus cher. On lit souvent sur les blogs que manger en Asie ou en Amérique du Sud ne coûte pas cher, oui si on mange comme les locaux, et c’est généralement des plats trop gras, trop sucrés, trop salés.
La solution au blues du voyageur
Nous avons retourné le problème dans tous les sens pour trouver une solution. Changer de ville ? Changer de pays ? Mais est-ce que l’envie des débuts reviendrait et la lassitude disparaîtrait ? Nous n’avons malheureusement pas la réponse… Mais si c’est pour continuer d’avancer sans profiter, on trouve ça dommage. Par exemple, on n’a pas envie d’arriver au Machu Picchu et de juste se dire « c’est bon, on l’a vu ». Quand on ira (car oui, on reviendra en Amérique du Sud), on veut dire « Whao ! C’est magnifique ! ». En attendant, autant rentrer et se reposer dans un cadre familier.
Ne vous méprenez pas, nous adorons toujours autant voyager mais nous avons trop tiré sur la corde et le corps et l’esprit disent stop. Nous sommes malgré tout partagés entre un sentiment de soulagement et de déception, voire de culpabilité. C’est idiot, mais même nous avons du mal à croire ce qui nous arrive. D’un côté, nous n’avons pas envie de rentrer mais de l’autre, nous ne nous sentons pas capables de continuer comme ça pendant encore un mois.
Ce blues du voyageur est quelque chose dont on parle assez peu, peut-être est-ce tabou ?! On l’avait lu sur Novo-Monde avant de partir mais ça n’arrive qu’aux autres, n’est-ce pas ?! Ce n’est pas le mal du pays, c’est un épuisement, une lassitude, un besoin de repos. Pendant sept mois, nous avons vu des nouvelles choses tous les jours, le cerveau n’arrive peut-être plus à digérer, et le corps à suivre. C’est une sorte de burn-out du voyage. Même si on le redit, on aime toujours et on a toujours envie de voyager !
Mais ne vous inquiétez pas, on continue de raconter nos aventures sur le blog. Nous avions encore une vingtaine d’articles à écrire mais nous avons fait une pause pour nous remettre sur les rails. Ces articles ne verront pas le jour et nous avons attendu de nous expatrier au Canada pour nous remettre à l’écriture. Aujourd’hui, lorsque nous voyageons, nous prenons notre temps et arrêtons de culpabiliser. Si on ne voit pas tout, c’est complètement OK. Profiter de l’instant présent et ne pas se précipiter.
Merci pour ce témoignage, on ne trouve pas des témoignages sur cette question de decider de rentrer avant. Nous sommes partis pour un voyage de 5 mois, on est à 4 mois mais on se pose la question de rentrer deux semaines avant. Certains de vos vécus sont les nôtres, surtout la fatigue de préparer et penser les nouvelles étapes alors que l’un d’entre nous a des petits tracas de santé. Cela paraît bête mais on a peur se sentir en échec à cause de ces deux semaines. Avec le recul, quel est aujourd’hui votre ressenti ? Vous pensez que vous auriez dû vous forcer ?
Bonjour Raquel,
Merci pour votre message ! On peut tout à fait comprendre cette sensation d' »échec ». Nous avons beaucoup réfléchi à l’époque mais la meilleure décision pour notre santé physique et mentale a été de rentrer plus tôt. Aujourd’hui, on referait la même chose. C’est sûr qu’on rêve de reprendre là où ce tour du monde s’est arrêté mais on garde surtout en mémoire ce qu’on a fait et vu. Si nous avions continué sans nous écouter, en forçant, nous aurions poursuivi ce chemin sans l’apprécier, plus par « obligation » parce que c’était prévu. Et surtout, on n’aurait pas fait grand chose, notamment en randos car la fatigue était trop importante, et pour les visites, on en aurait sans doute fait mais sans les apprécier. Donc si vos corps et vos cerveaux vous disent « stop », c’est qu’il y a bien une raison derrière.
Bon rétablissement et bonne continuation, quelle qu’elle soit 🙂
Hélène & Xavier